vendredi 27 février 2009

heroes we need : elisabeth lebovici


Texte d'Elisabeth Lebovici. Merci à l'excellent blog de Kill The DJ (http://killthedjrecords.blogspot.com)

Les héros sont des personnages. Monumentaux. Comme les statues des temps anciens ou des ex pays communistes, figés dans des positions éternelles. Un film super du lituanien Deimantas Narkevicius montre une statue de Lénine, reboulonnée—au lieu d’être déboulonnée, et ce, par le procédé miracle du montage à l’envers. Pendant un temps, le héros de la Révolution plane dans les airs, comme un dieu, avant d’être brutalement ajusté érigé sur son socle. Vlang ! Verticaux, les héros. Quant aux super héros, ils semblent toujours en position descendante –du moins dans mon souvenir des temps héroïques des Bat ou Superman ; eux aussi, comme des anges, des super anges motorisés ou électroniques, ils descendent sur terre, vers moi. Ils condescendent. Je les emmerde.


Mon héroïne, c’est l’horizontale.

Mes héroïnes écrivent. C’est leur horizon, mon horizon lorsque j’écris ce texte. Elles ne butent personne avec leurs super pouvoirs ; leur sauvagerie, leur violence, leur grossièreté, leur brutalité sont ici dans leur tête, s’expriment là dans leurs écrits, peut être sous la forme d’une phrase, triturée, greffée, biffée, rebiffée, effacée, mille fois retravaillée et qui n’a l’air de rien. Un sujet, un verbe, un complément, même pas . Mes héroïnes sont des femmes assises comme celle que Copi, pédé argentin, dessina, de façon hebdomadaire, dans le Nouvel Observateur des années 1970 : La Femme Assise, mutique, conne, moche, butée et géniale et sans nom. Elles ne sont pas des fantasmes. Les fantasmes, c’est autre chose, une autre cause.

Mes héroïnes sont dans l’écriture, de A à W, de Kathy Acker à Monique Wittig et Virginia Woolf et sans passer par Yourcenar, que je n’admire pas. Elles sont dans la théorisation, comme Judith Butler. Elles sont dans la peinture, dans la photographie comme Diane Arbus, dans l’installation, dans la performance, dans la musique et surtout dans la circulation entre tout cela, comme Sophie Taeuber-Arp, comme Lygia Clark comme VALIE EXPORT, comme Eva Hesse, comme Delphine Seyrig, l’actrice militante et toutes celles, nombreuses, qui m’ouvrent des portes ici ou ailleurs, produisant cet effet psychotrope, consistant à changer quelque chose dans le monde qu’on a dans la tête.

J’adore l’idée que mon héroïne Claude Cahun ait elle-même écrit un petit livre de « fables intempestives » sur des héroïnes : Dalila, Judith, Sapho, Cendrillon, Salomé, Ève, et cætera. Pas des saintes. La légende dorée qu’elle y déroule n’est pas consensuelle, elle pique au contraire, comme ce manifeste de Cahun que j’adore, intitulé : « prenez garde aux objets domestiques ».

Marcel Duchamp, lorsqu’il adopta l’identité de Rrose Sélavy, ne fit certes pas acte d’héroïsme, au sens qu’on donne généralement à cette expression guerrière. Il s’invente pourtant en héroïne. Le mot n’aurait-il pas une signification identique, selon qu’on l’énonce au féminin ou au masculin ?
Rrose, c’est éros, évidemment, mais c’est rosse, c’est héros, c’est pas complètement hété-rosse. Rrose, hérose, héros au féminin… L’héroïne alors, entre en circulation.

jeudi 26 février 2009

Ce qui reste


 Peinture.  Ce  qui reste lorsque le temps efface l'être.  Le corps absent se redessine, réapparait. Entre apparition/disparition, composition/décomposition, "entre l'être et le non-être" pour reprendre  Giacometti . 
Question de Zola : "l'espace de la toile est t'-elle la chair et le sang du peintre ?"  
 En est t'-elle le souvenir ?
 Bribes de mémoire jetées en touches sur la surface. Mémoire en lambeaux,  morcelée,  dans le tableau se recompose.  Appellée, aspirée, sucée jusqu' à sa moelle elle est venue se projeter sur quelques centimètres, sur un diamètre. Elle est goutte d'eau et de couleur, mots égouttés, essorés, en suspens. Des poils de la brosse se sont échappés des lavis esseulés sans vie, ressuscités par le regard,  redevenus  mots, paroles puis chants. 
Peinture, obsession du revenir, du re-devenir. ne jamais cesser d'être humain.

dimanche 15 février 2009

ovaires bookée. Ses burnes contre mes ovaires.




Difficulté de la femmère qui crée face au murhomme qui l'avorte et l'assassine.

Des envies de tuer au fond de mes intestins je tais.

S'occuper des enfants qui m'appellent. lâcher prise, me désengager, tout jeter. stopper net car le devoir me crie. me réclame. laisser le travail et monter au foyer. Car telle est ma place que lui m'a assignée. ce dimanche après midi j'ai eu comme un goût de plomb dans la bouche, le désir crevé, on m'a bailloné. attaché à mes gosses, mes mains liées à leur père. le tout dominé par l'écran cathodique.

Sa télé, sa paix contre mon griffonage peint.

son plaisir contre le mien.

ses burnes contre mes ovaires. Lourd espoir.

Nous sommes en 2008 2008 2008 2008 2008 2008

Les Illuminations. Temps pour les Femmes.

Hélène Cixous, extrait de "Dissidances de Spero"

Les illuminations. Temps pour les Femmes.

Si l'Enfer est une dénonciation de la marche funeste de l'homme, le Paradis est une célébration du vol de la femme. Vous détruisez le monde? Il faut que je lance les survivantes dans les hauteurs. Qui m'empêchera d'inventer un autre monde? Un autre corps? "les femmes" : Des phalanges ornithologiques, ces ensembles de voyageuses exubérantes sont l'expression de l'instinct d'insurrection. Après les Helikoptères, les Nageuses célestes détachées. En bas, au supplice, elles étaient attachées, ligotées, entravées, livrées, sacrifiées, femmes otages des sadismes. Dans cet autre temps, sous ce nom de "femmes", c'est une foule de fées qui refait une autre histoire. Et, l'air de rien, elles sont les reines de l'air.(...)

dépeindre





peindre.bidouiller, gribouiller, griffoner. seule. souvenirs, traces, mémoires. pour rire, pour dire. parler.LANGAGE. extirper, absolument. mentir. tâtonner. essayer, à petits pas de poils. mots, couleurs, sons (bruits). déchets, rejets, rebus. récup. déja vu. et alors? exister. voir. regards. pleurer. rage. colère. insouciance. dépression (toujours aux bords). qui glisse. qui coule. qui s'englue. qui pue. pète. patatras. bocaux. blinglinggling. g. j'ai pas encore trouvé. minable. petite. sotte. conne. nulle.c'est nul. maisnonmaisnonmaisnon maison. atelier. âme. corps, coeur. foyer. mon antre. entre mes seins, entre dans mon estomac. mon utérus. 9 mois. quelques heures. entre. dis rien. chut. se rencontrer. partager. pour du semblant. faire comme si.....